Lettre 3 • Juin 2010


Majdouline Sbaï,
entre recherche
et politique

Suite à son élection en tant que vice-présidente du conseil régional du Nord-Pas de Calais, il n'est pas facile de trouver un créneau dans l'agenda de Majdouline Sbaï. Ses nouvelles responsabilités ne l'empêchent cependant pas de garder un pied dans le projet de recherche CDE qu'elle coordonne.

Fille et femme de Roubaix, Majdouline Sbaï a vécu son enfance et sa jeunesse ''au bout du bout d'une ville pauvre''. Dans un décor de friches industrielles polluées, au sein d'une famille ouvrière frappée par la crise du secteur textile. ''J'ai été confrontée très très tôt aux réalités de l'exploitation des ressources, mais aussi des humains'' souligne-t-elle. ''Sur les 38 de ma classe de terminale, nous n'avons été que 8 à décrocher le bac'' précise-t-elle.

Ses études, elles les poursuivra par une maîtrise de sociologie à Lille couplée à une maîtrise à la sociologie des banlieues à Paris, puis par un DEA de sciences politiques à l'IEP de Lille et un DESS d'ingénierie de l'environnement à Nice. Tout cela nous amène en 2002. ''J'ai alors eu l'opportunité d'un poste de chargé d'étude sur la politique de la ville en Picardie''. Cette expérience lui fait prendre conscience du manque de vision d'ensemble de la politique de la ville, de l'absence de coordination entre les différents services : emploi, logement, urbanisme, etc.

En parallèle, Majdouline travaille à la création d'une Université populaire & citoyenne (UPC) à Roubaix afin de proposer des programmes d'éducation sur des thèmes d'intérêt général (histoire de l'immigration, insertion et emploi, environnement, etc). Fin 2004, l'université, également espace d'expression sur les politiques et lieu de recherche, est inaugurée. Figure dynamique de la vie associative roubaisienne, Majdouline en devient la directrice salariée.

Son projet CDE porte d'ailleurs les couleurs de l'UPC. Son objectif ? Mieux comprendre les mécanismes d’intégration des enjeux participatifs lors de l’élaboration d’un projet d’écoquartier. L'écoquartier en question se situe sur les communes de Roubaix, Tourcoing et Wattrelos, sur 80 ha de friches industrielles. Un site dont l'ambition est d'accueillir 4000 salariés et 3000 habitants d'ici à 2022. Cela tombe bien, Majdouline voit ses projets de recherche dans le temps. ''Nous ne sommes pas un cabinet d'étude. Nous voulons avoir un espace de réflexion approfondi'' insiste-t-elle.

Son hypothèse de recherche ? La prise en compte et le soutien à la ''contestation'' sont des facteurs de réussite des dynamiques participatives. ''Nous sommes dans une situation assez atypique, avec une concertation instituée. La société d'aménagement de l'écoquartier a en effet sollicité le collectif de l'Union – qui réunit des syndicats, d'anciens salariés du textile, des militants écolos – dans le cadre d'une convention pour de l'aide à la maîtrise d'ouvrage. Nous aimerions observer dans quelle mesure une coopération entre institution et mouvement social peut produire une transformation plus profonde des politiques, pour une plus grande qualité écologique et social des projets urbains et tendre vers un nouvel esprit de la démocratie participative''.

Pour cela, l'équipe de Majdouline, coanimée par Caroline Lejeune, et à laquelle collabore Bruno Villalba de l'IEP de Lille et joue un rôle d'observateur mais aussi d'acteur. Acteur, car elle s'implique dans l'élaboration de la concertation instituée, fait des propositions et réalise de l'expérimentation sociale. ''On expérimente par exemple des temps d'enquête avec les différentes parties prenantes du projet autour de sujets de controverse comme le logement'' explique Majdouline. Et d'ajouter : ''l'objectif est de faire du bottom up et non du top down. De ne pas faire que des choix techniques, mais aussi des choix de société''.

Une société qu'elle espère voir s'impliquer de plus en plus dans les choix politiques. C'est d'ailleurs là l'une des raisons de son engagement lors des dernières Régionales. Tête de listes d'Europe Écologie dans le Nord, elle représentait le renouveau, la société civile et associative qui foisonne d'idée. Plume active du programme du mouvement, elle s'est attachée à défendre la transformation écologique de la région et la refondation des politiques régionales autour de la démocratie participative. Au sein de l'assemblée, elle s'occupe aujourd'hui ''modestement'' du soutien au monde associatif, de la politique de la ville et de la coopération internationale.

Son rôle, elle le voit comme celui d'un médiateur [ou médiatrice?]. ''Le rôle du politique, n'est pas ''de faire'', mais d'animer la réflexion. Nous ne sommes que les représentants des citoyens qui nous insufflent leurs idées. (Nous sommes là pour construire avec eux)''. Et d'ajouter: ''La démocratie des partis est en crise. Il faut créer les conditions d'une nouvelle démocratie, où les gens seront associés au processus politique''. Elle rêve d'une démocratie où tout le monde pourrait devenir élu, où chaque projet serait mené en concertation. ''Oui, c'est possible. Moi, je le crois !'' tente-t-elle de me convaincre. Arrêtera-elle vraiment la politique à la fin de ses 4 années de mandat ? On a dû mal à la croire... On ne l'espère d'ailleurs pas !


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    Agenda 2010

  • 28 sept : réunion du CS et CO
  • 7 dec : Séminaire “Concertation et changement climatique” à Paris